Euro Space Center

17 March 2005

QUELQUES NOUVELLES DE L’ESPACE - Euro Space Center – Lettre n°11– Mars 2005
- ARIANE 5
Le 12 février dernier, la nouvelle version de la fusée Ariane 5, baptisée “ECA”, dite “10 tonnes”, a été lancée avec succès depuis Kourou. Le premier lancement de cette version plus puissante avait tourné à la catastrophe il y a deux ans, avec l’explosion du lanceur.
Une défaillance du système de refroidissement d’une tuyère avait entraîné une déformation de celle-ci et la fusée, devenue incontrôlable, avait dû être détruite en vol.
Cette nouvelle Ariane 5 est donc, on peut le dire, carrément un nouveau lanceur, capable d’envoyer une charge utile de 10 tonnes au lieu des 6 tonnes pour la version de base, l’Ariane Générique.
Ce vol d’Ariane était déjà le 164ème de notre fusée européenne et doit permettre de préserver notre compétitivité sur le marché des lanceurs.
Cette Ariane 5 ECA est équipée de 2 étages d’accélération à poudre améliorés, contenant chacun plus de 2 tonnes de propergol supplémentaire. Cette modification accroît la poussée de 60 tonnes par rapport à l’Ariane 5 Générique.
De plus, l’étage supérieur du lanceur a été également amélioré afin d’emporter 15 tonnes d’ergol supplémentaires et est doté d’un nouveau moteur.

- DES ESCARGOTS ASTRONAUTES
Le 28 février, un vaisseau inhabité “Progress” a décollé avec succès du cosmodrome de Baïkonour, afin de ravitailler les deux occupants d’ISS.
Inhabité ? Voire… car à bord, outre des réserves d’eau potable, d’oxygène et de carburant, se trouvait également un équipage de 50 escargots.
Ils ne sont bien entendu pas destinés à améliorer l’ordinaire des occupants d’ISS, mais seront utilisés dans le cadre d’expériences portant sur le comportement de l’appareil vestibulaire humain en apesanteur.
Une équipe scientifique russe a donc sélectionné 50 escargots parmi plusieurs centaines, qui ont subi un entraînement en centrifugeuse, afin de les habituer aux accélérations qu’ils ont eues à subir lors du lancement.
Il y a une similitude entre les cellules du système de l’équilibre humain et celui des escargots, ce qui en fait un sujet de choix pour ce type d’expériences médicales.
Rappelons ici que l’appareil vestibulaire renseigne l’individu sur sa position dans l’espace et les mouvements qu’il y effectue. Il est sensible aux changements de direction et aux accélérations linéaires.
Les expériences auxquelles vont se livrer les astronautes d’ISS sur ces escargots astronautes sont capitales pour mieux comprendre les troubles de l’équilibre dont souffrent certains astronautes en apesanteur.

- NAVETTE SPATIALE
Le “Return to flight” par la navette Discovery (STS-114) est toujours programmé pour le 15 mai (14 mai aux USA en raison du décalage horaire).
Les préparatifs vont bon train au Kennedy Space Center; les techniciens viennent de fixer une perche d’une longueur de 15 mètres dans la soute de Discovery et qui s’attachera au bout du bras robotisé canadien.
La longueur supplémentaire ainsi obtenue donnera la possibilité aux astronautes d’inspecter le revêtement thermique de la navette à l’aide d’une caméra et de 2 lasers.
Le but étant d’éviter ainsi un retour dans l’atmosphère avec la protection thermique endommagée, comme cela s’est produit lors de la tragédie de Columbia le 1er février 2003.

- La FIN DU HUBBLE SPACE TELESCOPE ?
La communauté scientifique, et plus particulièrement celle des astronomes est très inquiète car on parle d’abandonner carrément le fameux télescope spatial Hubble.
Certains équipements du télescope comme par exemple les gyroscopes, qui sont indispensables à son orientation ont besoin d’être remplacés. Plusieurs fois déjà des astronautes, à bord de la navette spatiale, se sont rendus à son chevet et une dernière mission était prévue à cet effet, devant de surcroît installer des équipements optiques améliorant les performances du télescope.
Et pour des raisons de sécurité, cette ultime mission vient d’être abandonnée.
L’orbite du télescope spatial interdit en effet à la navette d’aller rejoindre ISS afin de permettre aux astronautes de s’y réfugier en cas d’avarie empêchant le retour sur terre.
Cette mission devrait donc être remplacée par l’envoi d’un robot sophistiqué capable de réparer le télescope.
Mais celle-ci, jugée trop risquée, a aussi disparu de l’agenda de la NASA.
Hubble serait donc condamné et devrait bien tristement terminer sa vie en plongeant dans l’atmosphère puis dans l’océan Pacifique en 2007. Un suicide piloté, en fait, qui vise à éviter une chute incontrôlée.
Un autre télescope spatial est sur le point de voir le jour, le James Webb Telescope (du nom de l’Administrateur de la NASA entre 1961 et 1968) et doit être lancé en 2011 mais il n’est pas pour ainsi dire un remplaçant du HST mais plutôt un outil complémentaire. Il ne permettra pas de voir les choses que permettait de voir Hubble et qu’on ne peut observer depuis la terre.
Il sera doté d’un miroir de 6 mètres 50 de diamètre et sera chargé d’étudier en effet les premières étoiles et galaxies formées après le Big Bang.
L’Europe devrait participer à ce programme à hauteur de 15 pour cent.

- APRES LA NAVETTE ?
La navette spatiale devrait encore voler une dizaine d’années, le temps de terminer ISS.
Et après ?
La NASA envisage de mettre en chantier un nouveau vaisseau spatial, actuellement baptisé “CEV” pour Crew Exploration Vehicle, afin de se rendre d’abord en orbite terrestre puis de retourner sur la Lune.
3 étapes sont envisagées dans le cadre du développement de ce programme :

- le développement du CEV permettant des missions en orbite basse et de son lanceur lourd (la Russie a même proposé de remettre en service leur ancienne fusée Energuia). Le premier vol, de qualification et inhabité, pourrait intervenir en 2008;
- la validation du CEV pour des missions lunaires à l’horizon 2015-2020, avec bien sûr le développement d’un système de propulsion pour l’emmener de l’orbite terrestre vers l’orbite lunaire, et d’un module d’atterrissage sur la Lune;
- et la troisième étape apportera, elle, après 2020, les éléments nécessaires à des missions lunaires de plusieurs mois et donc l’établissement d’une véritable base sur notre satellite.

- DEUX ANECDOTES
. La NASA vient d’annoncer le retrait de sa flotte de l’avion utilisé pour l’entraînement des astronautes en apesanteur.
L’équipage qui était affecté à cet avion a calculé, au cours des années, le volume vomi par les astronautes…: 1071 litres !
Ce n’est pas pour rien que les astronautes avaient baptisé cet avion le “Vomit Comet”.

. Dans le livre qui vient de sortie écrit conjointement par l’astronaute américain David Scott (Apollo 15) et son ami le cosmonaute russe Alexei Leonov (première marche dans l’espace), Léonov révèle que le Président John Kennedy a été alerté du lancement de Youri Gagarine la veille de son lancement, révélant ainsi la présence d’un espion dans l’entourage immédiat de Sergei Korolev (le “père” de la fusée Sémiorka).


- AU SERVICE DES POPULATIONS AFFECTEES PAR LE TSUNAMI
Plus de deux mois après le terrible séisme, l’Asie du Sud-Est se remet au travail et tente de se reconstruire.
Le CNES, le Centre National d’Etudes Spatiales (France), participe à la vaste opération internationale de solidarité.
Sa mission : guider, depuis l’espace, la Sécurité Civile Française dans le chaos des zones dévastées par le Tsunami.
Face à la violence du phénomène, les équipes de secours ont éprouvé les pires difficultés sur le terrain. Pas facile de se frayer un chemin pour porter secours aux populations.
C’est dans ce contexte que l’imagerie spatiale est venue à la rescousse des sauveteurs.
Depuis le début de la crise, un ensemble de satellites est programmé quotidiennement dans le cadre d’une “Charte internationale Espace et Catastrophes majeures”.
La Charte a donc été déclenchée les 26 et 27 décembre 2004 par l’ONU, l’Agence Spatiale Indienne et la Sécurité Civile Française.
Le CNES est chargé de coordonner la manoeuvre et a commandé la programmation de 4 satellites sur le Sri Lanka afin de fournir des spatiocartes et de guider les secours. Ont également été élaborées des cartes des dégâts occasionnés par le Tsunami croisées avec les densités de population.
Ces données ont permis à la Sécurité Civile Française de répartir sur place les interventions des équipes françaises, belges, canadiennes d’organiser des hôpitaux de fortune sur des terrains épargnés et d’aménager des camps de regroupement.
Les images envoyées par les satellites, principalement Spot 4 et Spot 5, dont la résolution de 2 mètres 50 en couleurs fournit des détails au bâtiment près, ont aidé le CNES à élaborer une simulation 3D permettant de survoler la bande de Banda Aceh, en Indonésie, pendant des heures, et d’envisager d’ores et déjà les réaménagements nécessaires.
Voilà un exemple concret dans lequel l’espace constitue un des instruments au service de l’Homme.
10:28:58 - Dominique - - Category : Space News (Français) - Imprimer-Print